Reprise éblouissante de Platée à l’Opéra de Paris

Rameau – Platée
Paris, Opéra Garnier, 12/09/2015

Créée ici même à Garnier en 1999, cette production signée Laurent Pelly / Marc Minkowski a déjà été reprise trois fois (2002,2006,2009). Elle revient pour l’ouverture de la saison 2015/2016 de l’Opéra National de Paris, avec une distribution entièrement renouvelée, et toujours avec Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre-Grenoble. Après une première scandaleusement annulée au dernier moment il y a deux jours suite à un mouvement social, le public parisien a enfin pu découvrir cette fabuleuse production le 9 septembre dernier.

Une production qui déborde d’imagination

La mise en scène de Laurent Pelly – sans aucun doute l’une de ses plus réussies – épouse tellement bien l’ouvrage, qu’il est difficile d’imaginer un autre cadre pour l’oeuvre, même si Robert Carsen a récemment proposé une vision intéressante de l’ouvrage à l’Opéra comique. Du rouge initial des fauteuils à un vert qui envahit peu à peu la scène, le metteur en scène réussit à dépeindre avec beaucoup d’imagination, d’humour et de tendresse les cruelles aventures de la nymphe Platée qui se croyait irrésistible. Et à en voir les rires et les réactions enthousiastes du public, Pelly touche dans le mille : sa mise en scène ne souffre en effet d’aucun temps mort, comme en témoignent ces passages chorégraphiques rondement menés (signées Laura Scozzi, maintenant également metteur en scène) ou ces va et viens précisément orchestrés des choeurs/figurants qui rythment avec précision la soirée. Enfin, Pelly réussit avec Platée, ce qui n’est pas toujours le cas avec lui, à aller très loin dans le burlesque et le comique, mais sans jamais une fois que ce ne soit lourd ou répétitif. Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre-Grenoble (choeur et orchestre), qui donnent l’oeuvre pour au moins la 60e fois de leur carrière, jouent Platée presque par coeur et s’amusent à tous les instants à souligner son caractère décalé (comme ces réponses entre instrumentistes et Platée). Ils sont tout simplement incomparables dans Rameau, qui peut devenir si ennuyeux et raide sous d’autres baguettes baroqueuses.

Le chant français au sommet

De la distribution, il faudrait citer tout le monde, tant chaque chanteur brille par son panache, la qualité de sa déclamation et le naturel avec lequel il rend la musique de Rameau. Dans le rôle-titre, Philippe Talbot (remplaçant Colin Lee initialement prévu) a essuyé aux rappels de bien inutiles et injustifiées huées : il est pourtant épatant, se jouant avec brio de la tessiture et de l’écriture tendues du rôle, même s’il montre quelques signes de fatigue au 3e acte. Très attendue, alors que son premier album chez Deustche Grammophon sortait le jour même, Julie Fuchs s’est révélé aussi époustouflante qu’attendu : timbre à se damner, technique au top dans la vocalise et surtout ce naturel qui fait fondre tout le monde. Son double rôle de La Folie / Thalie avait été marqué de la personnalité de Mireille Delunsch, présente au cours des quatre dernières productions ; la jeune française réussit à prendre le relais avec brio, prenant des risques vocaux assez ahurissants (cette cadence insensée au 3e acte!), là où Delunsch misait plutôt le tout sur le scénique.

L’ensemble des autres rôles témoigne de l’extrême vitalité actuelle du chant français, dont il faut en outre pointer l’aisance naturelle avec un répertoire pas évident à chanter : Julien Behr, Frédéric Antoun, Alexandre Duhamel, François Lis, Florian Sempey : tous sont pour beaucoup dans l’éclatante réussite de cette reprise. Enfin une mention spéciale à la formidable Junon, vindicative à souhait, d’Aurélia Legay, artiste que l’on voit trop peu sur nos scènes lyriques françaises.

 

Reprise éblouissante de Platée à l’Opéra de Paris
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