Il Re Pastore : jeunesse et inventivité au Théâtre du Châtelet

Mozart – Il Re Pastore
Paris, Théâtre du Châtelet, 20 et 22/01/2015

On peut ne pas être complètement en phase avec les idées de programmation de Jean-Luc Choplin, directeur général du Châtelet, mais force est de reconnaître qu’il réussit là où les autres directeurs de salles lyriques et classiques à Paris échouent : ouvrir l’opéra au plus grand nombre, tout en restant exigeant. Et ce nouveau projet ne démentira pas ce propos : quelle autre salle peut se targuer de faire le plein, pour un opéra méconnu du grand public, avec en outre une salle remplie de jeunes  dont beaucoup viennent sans doute (si l’on en croit les conversations de ses voisins) pour la première fois à l’opéra ? Rien que pour cela, ce spectacle serait presque une réussite, d’autant plus si l’on ajoute le fait qu’il donne sa chance à de nouveaux venus sur les scènes lyriques, ainsi qu’à deux jeunes metteurs en scène de talent.

Alexandre le Grand dans un monde de jeux vidéo et de science-fiction

La mise en scène de Nicolas Buffe et Olivier Fredj nous plonge dans un fascinant univers mêlant jeux vidéo, super héros japonais et science-fiction. Elle nous propose une relecture toujours précise et enthousiasmante de cet opéra de jeunesse, en plein accord avec le caractère naïf de cette serenata écrite par un Mozart de dix-neuf ans. Ainsi, les péripéties du livret un rien guindé (et assez inintéressant il faut bien le dire) du grand Metastase passent comme une lettre à la poste, sans que jamais la transposition ne fasse offense à la musique, bien au contraire. Coiffé d’une perruque afro blonde platine, le personnage d’Alexandre le Grand est gentiment ridiculisé, alors que le couple de bergers Aminta et Elisa gardent leur naïveté et leur émotion, même dans cette univers aux couleurs eighties. Très virtuose et magnifiquement réalisée, cette mise en scène résolument décalée, mais toujours respectueuse de la musique, fait mouche dans un ouvrage sans doute pas évident à mettre en scène.

Jeunes chanteurs et Ensemble Matheus galvanisés par Jean-Christophe Spinosi

Rainer Trost, Alessandro d’une belle prestance mais souvent dépassé par les difficiles vocalises du rôle, fait presque figure de vétéran, au sein d’une distribution pleine de jeunes talents. En Aminta, créé à l’époque par un castrat, Soraya Mafi semble au départ un rien timide dans son grand air d’entrée (le magnifique « Aer tranquilo »), mais délivre au second acte un « L’amero, saro costante » (avec violon solo) de toute beauté et très longuement applaudi. Raquel  Camarinha est une Elisa toute en finesse, très à l’aise dans ce style « semi-seria » de l’ouvrage, qu’elle chante avec beaucoup de naturel, comme en témoigne un impeccable  « Barbaro … » du 2e acte. Krystian Adam est sans nul doute un jeune ténor à suivre, qui réussit à imposer son talent dans les deux cours arias d’Agenore. De cette belle distribution – dans laquelle il faut également citer la prometteuse Marie-Sophie Pollak en Tamiri -, regrettons seulement une trop grande ressemblance de timbre entre les trois soprani, et, pour tous, une quasi absence de trilles qui rend beaucoup moins percutante les cadences finales des arias.

Il faut dire que ce quintette et un Ensemble Matheus en grande forme sont galvanisés par le chef Jean-Christophe Spinosi, très à l’aise dans ce Mozart de jeunesse, dont il restitue avec merveille l’énergie et les contrastes. En ce sens, son Re Pastore fait penser à celui d’Harnoncourt – ce qui n’est pas un mince compliment. Tout comme le chef autrichien, Spinosi prend le Mozart de jeunesse très au sérieux, en souligne les accents et la juvénilité. On rêve maintenant d’entendre Spinosi et son ensemble dans la Finta Giardiniera ou Lucio Silla par exemple.

Photos de la production : Marie-Noelle Robert / Théâtre du Châtelet.

Il Re Pastore : jeunesse et inventivité au Théâtre du Châtelet
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