Entretien avec … Sabine Devieilhe

Nous n’avons pas fini d’entendre parler de Sabine Devieilhe … et c’est tant mieux ! Disques, prestations dans les plus grandes maisons d’opéra : les projets de la jeune soprano pour les années à venir ont de quoi donner le tournis. Tout comme sa voix, dont les aigus et la virtuosité ne semblent pas avoir de limite, avec, déjà au jeune stade de sa carrière, un sens des mots et un investissement dramatique qui laissent pantois. Nommée aux Victoires de la Musique Classique 2013  (catégorie Révélation artiste lyrique), Sabine Devieilhe a accepté de nous parler de son parcours et de ses futurs projets.

Photo : Jen Supaph (www.jensupaph.com)

Pouvez-vous nous parler de vos débuts et ce qui vous a poussé à devenir chanteuse ?

J’ai commencé la musique par le violoncelle. Très vite j’ai été attirée par les pratiques collectives donc l’orchestre, puis naturellement le chœur. C’est donc par le chant à plusieurs que j’ai commencé.

Je suis ensuite tombée sur les bonnes personnes, qui m’ont ouvert les portes nécessaires, donné confiance en moi en tant que (très) jeune soliste, et surtout donné le goût du travail ! Je pense notamment à la chef Valérie Fayet et aux professeurs de chant Jocelyne Chamonin à Caen, puis Martine Surais au conservatoire de Rennes et, plus récemment au CNSMDP, Pierre Mervan, Malcolm Walker et Elène Golgevit.

Votre voix semble avoir d’incroyables facilités dans l’aigu. Comment travaillez-vous cette voix et comment la voyez-vous évoluer ?

Une voix de soprano colorature est effectivement naturellement « haut-perchée », et une grosse partie du travail consiste à trouver une place qui permette un développement naturel du médium en conservant les aigus … vaste quête ! Ce travail est passionnant, autant par les envies et projets qu’il laisse percevoir au fur et à mesure des progrès que par les surprises qu’il nous réserve ! Je me réjouis de pouvoir maintenant aborder à la fois des rôles purement coloratures qui utilisent beaucoup la vélocité et les suraigus (Olympia des Contes d’Hoffmann par exemple) et également des rôles comme Lakmé, la Reine de la nuit ou même Mélisande qui mettent à l’épreuve toute la tessiture, et donc une très large palette expressive.

Vous avez chanté plusieurs fois dans des opéras de Rameau. Est-ce une coïncidence ou appréciez-vous tout particulièrement ce compositeur ?

L’orientation de ma carrière se fait autant par d’heureuses rencontres que par des choix esthétiques. C’est par exemple après une audition de fin d’année de la classe de Kenneth Weiss au conservatoire de Paris que le flûtiste et jeune chef Alexis Kossenko est venu me proposer des concerts Rameau. J’ai ainsi très régulièrement travaillé le style Français à ses cotés et cette collaboration aboutira même par l’enregistrement d’un disque pour EMI cette année ! La richesse de la composition de Rameau, et cette écriture si généreuse pour la voix en a fait un pont rêvé entre ma vie de violoncelliste baroque et celle de soprano léger.

En Serpetta dans la Finta Giardiniera (photo : Festival d’Aix)

Le Festival d’Aix vous avez choisi en 2013 pour chanter dans la Finta giardiniera de Mozart auprès d’un ensemble de jeunes chanteurs. Comment s’est passé ce projet (qui va tourner je crois en 2013) ?

Ce projet a été une occasion idéale de chanter pour la première fois Mozart sur scène, d’abord dans un rôle de soubrette avec Serpetta, ensuite au prestigieux festival d’Aix-en-Provence, et surtout entourée de jeunes chanteurs des quatre coins du monde. L’équipe était soudée, l’œuvre propice à une exploration constante des récitatifs avec le chef Andreas Spering et le pianofortiste Frank Agsteribbe.
Et le domaine du Grand Saint-Jean offrait un cadre propice aux amours contrariés de la fausse jardinière. Je suis donc ravie de reprendre cette production en 2013 !

Sur internet, des extraits de concert sont disponibles dans lesquels vous chantez d’extraordinaires versions d’arias écrits pour Aloysia Weber par Mozart. Je crois que vous avez un projet en ce sens avec l’ensemble Les Ambassadeurs d’Alexis Kossenko. Pouvez-vous nous en parler ?

Ces airs font partie de mes challenges depuis toujours. En tant que soprano colorature, ce répertoire dédié à Aloysia est autant excitant qu’il semble inaccessible. Mozart a su exploiter au maximum les caractéristiques de cette tessiture et ces airs passent d’un dramatisme extrême à une folie redoutable. La pyrotechnie n’a de sens que quand elle est au service de l’expression et je ne viendrai jamais au bout du travail de ces airs. Mais j’espère m’y essayer encore et encore. Nous en avons donné une très belle première version à Bruges à l’automne dernier avec Alexis Kossenko. Vivement la deuxième !

Est-ce important pour vous de chanter avec des ensembles jouant sur instruments anciens et auprès de chefs « spécialisés » ?

L’évolution des recherches musicologiques a permis un grand nombre de reconstitutions dans les conditions d’époques. Ma curiosité se place surtout dans la recherche d’un son cohérent et dans le fait de jouer les œuvres comme elles l’ont été conçues par le compositeur. Mais mes choix sont plus alimentés par cette curiosité que par une volonté de spécialisation à tout prix.

Quels sont vos futurs projets ou prises de rôle ? Quels rôles aimeriez-vous chanter ?

Je ferai mes débuts dans la Reine de la Nuit à l’Opéra de Lyon l’été prochain puis à l’Opéra de Paris en 2014. Je suis ravie de ces rendez-vous Mozartiens et espère avoir bientôt l’opportunité d’aborder Susanna ou Blondchen ! Je vais également aborder du bel canto avec la Sonnambula (que j’ai déjà donnée en version concert auprès de Jean-Claude Malgoire en 2011) en 2015 à l’opéra de Montpellier, à Nannetta de Falstaff à Marseille ou encore Adèle aux côtés de Marc Minkowski à l’Opéra Comique. Mais je ne pourrais parler des projets qui me réjouissent sans citer Lakmé, rôle passionnant que j’ai adoré découvrir aux cotés de Vincent Huguet à Montpellier cet automne. Deux autres productions se profilent, à l’Opéra Comique et à Toulon.

Avec Marc Minkowski (Dortmund, 2013)

Avec quels chanteurs, chefs ou autres artistes aimeriez-vous travailler ?

Toute interaction dont la musique et ses interprètes sortent enrichis me parait bonne à prendre. Je me nourris artistiquement autant de bonnes relations avec mes collègues que de la musique en elle-même. C’est donc la première chose que je souhaite : des rencontres qui construisent ! Pourquoi pas un projet mêlant la musique à danse, le cirque ou la vidéo ? Et puis, en plus de l’envie de travailler avec de jeunes chefs, j’aimerais avoir la chance de travailler au côté des pionniers de la redécouverte de la musique ancienne : John Eliot Gardiner, William Christie, René Jacobs par exemple. J’ai aussi très hâte de ma rencontre avec Philippe Jordan autour de Mozart à l’opéra de Paris la saison prochaine.

Mis à part la musique, avez-vous le temps de vous consacrer à d’autres passions ?

J’aime beaucoup cuisiner, particulièrement pour de grandes tablées, voyager et aussi rentrer à la maison.

 

Note site s’appelle « il tenero momento » du nom d’un aria de l’opéra Lucio Silla de Mozart. Connaissez-vous cet aria ?

Oui, magnifique aria !

Nos remerciements à Opéra & Concert Management.

 

Entretien avec … Sabine Devieilhe
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