Les débuts tonitruants de Sonya Yoncheva à l’Opéra de Paris

Donizetti – Lucia di Lammermoor – Paris, Opéra Bastille, 10/09/2013

Suite à une grève aussi désespérante qu’injustifiable, c’est en version de concert qu’a eu lieu ce soir la première de Lucia di Lammermoor avec Sonya Yoncheva. Une Lucia dont le coup d’envoi avait été donné le 7 septembre dernier avec une première distribution réunissant Patrizia Ciofi dans le rôle titre, Vittorio Grigolo en Edgardo et Ludovic Tézier en Arturo.

On avait découvert Sonya Yoncheva il y a deux ans lors de l’anniversaire du Concert d’Astrée au TCE. À chacune de ses apparitions, elle nous a depuis éblouis par son talent et son aplomb. Paris se devait de lui offrir sans tarder des débuts à l’Opéra national, et pour une fois, l’ONP n’avait pas loupé le coche, bousculant ainsi une distribution qui aurait probablement dû accueillir une autre Lucia en cette rentrée 2013. Malheureusement, grève oblige, c’est devant un Opéra Bastille aux deux tiers vides – la majorité des spectateurs ayant préféré échanger ou se faire rembourser leur place – et donc sans mise en scène, que la soprano bulgare s’est présentée.

Sonya Yoncheva lors de la générale de Lucia (Photo : page Facebook de SY)

Ne se démontant pas, affichant des moyens qui semblent inépuisables, se jouant de la taille surhumaine de l’Opéra Bastille avec un aplomb qui frôle l’effronterie, Sonya Yoncheva a subjugué le public parisien. La cantatrice peut en effet se targuer de posséder la puissance et la beauté de timbre d’une Anna Netrebko, alliée à une ligne vocale et à une rigueur stylistique digne des meilleures belcantistes. Mais également un côté glamour, ce petit plus qui fait qu’on ne regarde qu’elle dès qu’elle entre sur scène, y compris en version de concert ! En Lucia ce soir, Sonya Yoncheva est tout autant à l’aise dans les passages de pure virtuosité que dans les moments les plus lyriques ou dramatiques. Elle passionne de bout en bout dans le rôle, ce qui la distingue nettement de celles qui l’ont précédée en Lucia au cours des dernières années. Sa voix domine les ensembles sans jamais donner l’impression d’un hurlement, les couleurs de son soprano lyrique vous prennent aux tripes, et ses aigus ronds et sonores vous tétanisent. Résultat : un triomphe mérité et une standing ovation de plusieurs minutes après la scène de la folie. La tornade Yoncheva prendra sans aucun doute toute sa force avec une salle remplie et une version scénique.

Michael Fabiano
Michael Fabiano

À ses côtés, le public a eu en outre la chance de découvrir en Edgardo le ténor américain Michael Fabiano. Superbe voix, excellemment projetée, magnifique legato, une sorte de mélange entre Roberto Alagna jeune (pour la fougue) et de Jonas Kaufmann (pour le timbre un peu barytonnant et la classe). Scéniquement, le couple Fabiano/Yoncheva apparaît comme une évidence, bien plus par exemple que Dessay/Polenzani ou Anderson/Alagna qui avaient chanté dans cette même production.

Le reste de la distribution est honnête mais véritablement éclipsé par ce couple de choc. Après avoir écouté et surécouté la récente Norma de Bartoli, il est également un peu difficile de revenir à la routine de l’Orchestre de l’Opéra de Paris dans le bel canto, dont pourtant le chef Maurizio Benini tente de tirer le maximum. Dans la scène de la folie, on regrette l’absence de l’harmonica de verre – pourtant présent lors de la reprise de la production en 2006 pour Natalie Dessay. De la mise en scène d’Andrei Serban, créée en 1995, on ne dira pour le moment donc rien, puisqu’elle ne nous a pas été présentée ce soir.

Heureux public parisien, tout de même, qui, en quelques jours, bénéficie pour cette Lucia de deux distributions de très haut niveau ! Sonya Yoncheva chantera la Traviata à l’Opéra de Paris la saison prochaine. Et si Michael Fabiano était son Alfredo ?

Les débuts tonitruants de Sonya Yoncheva à l’Opéra de Paris
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