La leçon de chant de Sophie Karthäuser à Gaveau

Le maître et l’élève / Jean-Chrétien Bach et Mozart – Paris, salle Gaveau, 22/03/2013

Sophie Karthäuser (photo : Alvaro Yanez / Orfeo Artist Management)

Quel plaisir de retrouver en récital Sophie Karthäuser, que nous ne cessons de louer dans ses diverses apparitions. Superbe dans Haendel (en Angelica dans l’Orlando donné à Bruxelles et bientôt au Festival de Beaune ; en Polinessa dans Radamisto à Vienne), comme récemment dans une Finta Giardiniera de référence, la soprano belge proposait vendredi dernier un récital au programme très intelligemment construit, entre morceaux peu connus de Jean-Chrétien Bach et airs à succès de Mozart.

Cette soirée était présentée sous un titre à l’allure de programme : « Maître et élève ». Mais, qui est au juste le maître et qui est l’élève ? En effet, si à l’âge de sept ans, le jeune Wolfgang a étudié à Londres auprès du fils Bach, alors gloire outre-Manche, l’élève a vite dépassé le maître. Il n’y qu’à écouter le programme de ce soir pour s’en convaincre : même l’air du Re Pastore, composé par un Mozart âgé de 19 ans, est bien plus inspiré que les deux airs, délicieusement galants, de Jean-Chrétien Bach. Pourtant, quel ravissement d’écouter enfin des airs qui sortent un peu des sentiers battus : l’extrait « Il labro timido appien non osa » de son Lucio Silla (composé après celui de Mozart et pour le magnifique orchestre de Mannheim) convient à merveille au joli timbre de Sophie Karthäuser. Quant à celui de Temistocle (« Or adami d’un ingrato »), c’est un petit bijou où la voix rivalise de virtuosité et de panache avec un hautbois obligé, merveilleusement tenu par Emmanuel Laporte (qui n’est autre que le premier hautbois des Musiciens du Louvre-Grenoble).

Dans le reste du programme vocal consacré à Mozart, Sophie Karthäuser livre une véritable leçon de chant, tout en finesse et jamais dans l’excès. Il n’y qu’à écouter sa Susanna ou sa Pamina, des merveilles de précision et de retenue. Mais c’est en Ilia d’Idomeneo qu’elle éblouit le plus : le superbe récitatif « Quando avran fine omai » est un modèle, habité comme il le faut et avec un naturel rare. Car, et c’est ce qu’on pressentait dans ses récentes prises de rôle haendeliennes, la voix de Sophie Karthäuser, désormais plus dramatique, a évolué. Si, à son grand regret, elle ne chantera jamais Sophie du Rosenkavalier, nous l’attendons à présent de pied ferme dans d’autres héroïnes mozartiennes (Donna Elvira, Fiordiligi par exemple). Et pourquoi pas en Comtesse des Noces de Figaro ? Mais patience, on retrouvera prochainement la belle Sophie en Susanna (notamment à la Salle Pleyel) et en llia (au Theater an der Wien, avec une affiche alléchante qui réunira également Marlis Petersen en Elettra et Gaëlle Arquez en Idamante), les deux productions étant dirigées par René Jacobs en 2013/2014.

Le Café Zimmermann, que l’on a davantage l’habitude d’écouter dans la musique instrumentale de Bach père, s’est révélé le plus parfait des accompagnateurs. Dans l’archi-connue Symphonie nº 29 en la majeur K. 201 de Mozart, on admire la précision des cordes, la beauté des lignes intermédiaires et le bel équilibre entre les cordes (en petite formation, 8 violons) et les vents. Dans la non moins éblouissante Symphonie en sol mineur opus 6, N°6 de Jean-Chrétien Bach – un must des orchestres baroques, puisque le Concerto Köln, l’Akademie für Alte Musik ou encore le Cercle de l’Harmonie l’ont récemment jouée ou enregistrée -, le Café Zimmermann est impressionnant de fougue. Un superbe concert donc, comme il est trop rare d’en voir à Paris, et qui permet de mélanger des oeuvres célébrissimes et d’autres plus rares. Un concert trop court en revanche, puisque c’est avec un unique bis (l’air de concert « Ruhe sanft » de Mozart) que les artistes nous quittent ce soir.

La leçon de chant de Sophie Karthäuser à Gaveau
Mot clé :