Une nouvelle Tosca très réussie à l’Opéra de Paris

Puccini – Tosca
Paris, Opéra Bastille, 10/10/2014

Après deux décennies de reprises de la production signée Werner Schroeter, avec au fil du temps des distributions de moins en moins dignes de son statut, l’Opéra National de Paris a décidé de confier cette année à Pierre Audi la réalisation d’une nouvelle mise en scène de Tosca. L’ONP devait bien ceci au chef d’oeuvre de Puccini – qui est actuellement le 5e opéra le plus représenté au monde -, et n’a pas lésiné sur les moyens : 3 distributions et  30 représentations sont ainsi prévues d’ici fin novembre. Pour cette première, le public a eu droit au cast a priori le plus alléchant, avec notamment une Floria Tosca interprétée par la cantatrice autrichienne Martina Serafin (spécialiste du rôle, qu’elle chante un peu partout, de Vienne à Milan, en passant par Berlin ou Barcelone) ainsi qu’une prise de rôle très attendue de Ludovic Tézier en Scarpia.

Une distribution qui tient toutes ses promesses

Martina Serafin
Martina Serafin

Une belle affiche donc, au milieu d’une saison 2014/2015 qui brille par son absence de grands noms, et qui a globalement tenu toutes ses promesses. Malheureusement annoncé souffrant, Ludovic Tézier n’a certes pas marqué le rôle de Scarpia comme on aurait pu s’y attendre, mais on peut espérer que les prochaines représentations seront d’un tout autre niveau. Quoiqu’il en soit, même sans être au sommet de sa forme, vocalement et scéniquement,  le baryton français est ce soir impeccable et toujours professionnel, même s’il ne traduit que de façon éparse la noirceur machiavélique du personnage de Scarpia. Au vu des applaudissements nourris qu’il a recueillis aux saluts – il a été de loin le plus applaudi -, nul doute en tout cas qu’il a maintenant acquis un statut de superstar du chant français amplement mérité, récolant les fruits d’une carrière menée avec professionnalisme et sans tapage.

Martina Serafin est une Floria Tosca de grande classe, dont elle traduit à merveille toutes les facettes du personnage. Le grave et le médium sont superbes, ce qui lui permet par exemple un début de « Vissi d’arte » époustouflant. La soprano réussit en outre à émouvoir dans les passages les plus lyriques, jusqu’à un dernier acte bouleversant. Quelques duretés dans les aigus et une diction quelquefois un rien pâteuse empêche peut-être toutefois de passer d’une prestation de haut niveau à une incarnation réellement inoubliable, mais peut-on trouver aujourd’hui une Tosca aussi complète ? Face à ce beau moment de chant, nul doute que les deux prochaines titulaires du rôle pour cette production auront fort à faire, que ce soit Béatrice Uria-Monzon (arrivera-t-elle à maîtriser une voix qui à chaque prestation semble davantage partir dans le décor ?), ou plus encore, Oksana Dyka, triste souvenir d’une consternante Aïda la saison passée. Marcelo Alvarez dresse quant à lui un portrait tout en finesse du peintre Mario Cavaradossi. Si l’acteur reste comme toujours un peu gauche, la leçon de chante reste impressionnante, comme en témoigne un « E lucevan le stelle » à donner le frisson au dernier acte.

Ce très beau trio de chanteurs a malheureusement été peu épaulé par la direction de Daniel Oren, complètement incohérente et déstructurée, n’insufflant jamais la souffle et le dramatisme qu’il faut pour cette oeuvre. On regrette en particulièrement le manque d’ampleur, de tempérament et de panache dans les passages requérant une présence forte de l’orchestre. Le chef n’a certes pas été aidé par un orchestre en toute petite forme et vraiment trop peu investi. Déplorons une fois de plus le triste spectacle donné aux saluts, où, au bout de quelques minutes, les musiciens sont partis les uns après les autres, la scène tournant même au ridicule lorsque Daniel Oren a voulu faire applaudir son orchestre … tendant alors les mains vers une fosse déjà désertée.

Pierre Audi signe une superbe mise en scène

Confier cette nouvelle mise en scène à Pierre Audi ne laissait pas forcément augurer du meilleur, si l’on en croit nos souvenirs des Médée et Orlando auxquels il s’est récemment consacré. Or, n’ayons pas peur d’affirmer que son travail sur Tosca fera date dans l’histoire récente de l’Opéra de Paris. Efficace et lyrique à la fois, sa mise en scène souligne de façon sobre mais intelligente les moments clés du drame, aussi bien dans les moments intimes (duo du 3ème acte) que dans les passages plus grandioses (très beau Te Deum au 1er acte). Elément central du décor, une gigantesque croix symbolise l’alliance du glaive et du goupillon, avant de devenir une lourde épée de Damoclès dont l’ombre menaçante plane sur des personnages  gouvernés par des forces qui les dépassent. La direction d’acteur n’est pas oubliée pour autant. On retiendra notamment la scène du meurtre, particulièrement réussie, dans laquelle Audi, par un travail précis sur la gestuelle, exacerbe la tension dramatique et insuffle du mouvement et du naturel là où les chanteurs sont trop souvent laissés à eux-mêmes les bras ballants. Restait à régler l’épineuse question du saut dans le vide de Floria Tosca ; on peut dire sans déflorer le suspense que Pierre Audi s’en tire de façon … lumineuse. Espérons toutefois pour nos musiciens que le problème technique du rideau final sera réglé pour les prochaines représentations !

Une nouvelle Tosca très réussie à l’Opéra de Paris
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