Nina Stemme, Isolde pour l’éternité à Pleyel

Wagner – Tristan et Isolde – Paris, Salle Pleyel, 13/10/2012

Nina Stemme (Isolde) // Photo : fomalhaut.over-blog.org

Préciser que toutes les œuvres de Richard Wagner mettent les interprètes de ses personnages principaux à rude épreuve confine à la tautologie. Mais s’il est bien un opéra dont les deux rôles titres paraissent écrasants tant ils sont exigeants sur le plan vocal et complets sur le plan dramatique, c’est assurément Tristan et Isolde. 

Dans le rôle de la princesse d’Irlande, on a pu retrouver Nina Stemme, dont nous avions déjà célébré la Brünnhilde exaltée mais tout en nuances dans la Walkyrie donnée au printemps dernier au TCE.  Ce soir, la soprano suédoise confirme tout simplement qu’elle est la plus grande chanteuse wagnérienne de son temps, à l’égal d’une Birgit Nilsson ou d’une Waltraud Meier. Tout y est : puissance vocale qui ne faiblit pas un seul instant, implication totale dans le rôle et les différents états mentaux traversés par le personnage,  ligne de chant impeccable qui permet à la longue phrase wagnérienne de  s’écouler avec naturel et majesté, maîtrise totale du vibrato. On ne sait quel souvenir nous marquera le plus longtemps : la furie imprécatoire de ses monologues du 1er acte, la sensualité extatique du duo d’amour du 2ème acte, ou encore la pureté rayonnante du Liebestod ?

Face à un tel phénomène vocal, son pendant masculin est nécessairement moins à son avantage. Et ceci d’autant plus que Christian Franz, qui incarnait le preux Tristan, était malade et suçait des pastilles entre deux monologues (on a eu peur pour lui au moment d’aborder le redoutable 3ème acte!). Pourtant, sa prestation nous a paru plus qu’honorable, notamment grâce à la qualité de son timbre et à sa projection puissante – même si sa voix n’est pas exempte de défauts et que son interprétation n’a pas de « style » comme celle de Nina Stemme.

Orchestre Philharmonique de Radio France

Autre divine surprise de cette soirée, l’excellente Brangäne de Sarah Connolly. Si on la connaissait surtout dans un répertoire baroque ou classique – voir sa récente Phèdre dans Hippolyte et Aricie -, elle paraît tout aussi (sinon plus!) à l’aise dans l’oeuvre wagnérienne et campe ici une suivante à la fois noble et attachante. Le roi Marke de Peter Rose, basse profonde à souhait, est également à saluer de même que le Kurwenal chantant et léger de Detlef Roth.

Enfin, à l’heure où la qualité de l’Orchestre de l’Opéra de Paris est à notre avis largement remise en question, il faut saluer la très belle prestation de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, superbe de couleurs et de puissance (et il en fallait de la puissance avec Stemme). Mikko Franck, qui remplaçait au dernier moment Myung-Whun Chung, a dirigé cette formation d’une main de maitre, même si, comme trop souvent dans Wagner, la surenchère sonore n’est jamais loin.

Photos : Fomalhaut

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