Viva Il Giustino !

Vivaldi – Giustino – Paris, Théâtre des Champs Élysées, 24.02.2012

Manuscrit de Giustino

Quelle soirée à rebondissements ! Après un début quelque peu laborieux, cette représentation de l’opéra Giustino de Vivaldi s’est achevée en véritable apothéose. Écrit en 1724 pour le Teatro Capranica de Rome, et pour une distribution uniquement masculine (impératrice comprise!), Giustino apparaît comme l’un des opéras les plus intéressants du compositeur vénitien. Narrant de façon romancée les aventures du jeune laboureur devenu, après moult batailles et péripéties (dont un combat contre un monstre marin!), co-empereur Byzantin sous le nom de Justin 1er, l’intrigue mêle une dizaine de personnages solidement caractérisés et dont aucun n’est musicalement secondaire.

Pour l’occasion, le TCE réunit ce soir une équipe jeune et motivée, emmenée par le chef italien Stefano Molardi, et dont on a pu suivre avec délices l’évolution tout au long de la soirée. Comme on l’a déjà souligné, la première partie a du mal à décoller : l’ouverture laisse craindre que les dix cordes des Virtuosi delle Muse peinent à remplir les deux milles places du théâtre de l’avenue Montaigne tandis que les chanteurs semblent terrassés par le stress – tant et si bien que « Vedro con mio diletto », rendu célébrissime par le récital Vivaldi de Philippe Jaroussky, laisse le public de marbre. Mais tout change après l’entracte, grâce notamment aux chanteurs montrant cette fois le meilleur d’eux-mêmes. Et fort à propos tant il est vrai que le 2ème acte présente un enchaînement superbe d’airs délicieusement ouvragés. Ne pouvant tous les citer, on retiendra plus particulièrement le « Sento in seno » d’Anastasio avec ses cordes divisées en deux sections (pizzicato/archet), et surtout le sublime « Ho nel petto » de Giustino, accompagné pour l’occasion par un psaltérion.

I Virtuosi delle Muse

De la distribution, on retiendra en premier lieu la napolitaine Maria Grazia Schiavo dans le rôle de l’impératrice Arianna, superbe d’aisance, aux aigus faciles et prenant des risques inouïs (et payants!) dans les airs da capo. Cette chanteuse, déjà vue au TCE dans Rinaldo de Haendel et Farnace de Vivaldi, impressionne également par son abattage, en particulier dans l’air du 2ème acte où elle imite une … biche. Dans le rôle titre, Marina de Liso appelle tout autant de louanges : diction impeccable, facilité sur toute la tessiture. Un peu en retrait, tout le reste de la distribution brille par son homogénéité et son investissement, même si la redoutable écriture vocale de Vivaldi pousse certains jusque dans leurs retranchements. Il faut tous les citer, de Sabrina Puértolas (Leocasta), Ileana Mateescu (Anastasio), Varduhi Abrahamyan (Andronico), Lucia Cirillo (Amanzio) aux deux ténors, il est vrai moins gâtés par la partition, Ed Lyon (Vitaliano) et Vincent Lesage.

Le très dirigiste Stefano Molardi ne laisse rien au hasard ce soir, entre rubatos intempestifs, contrastes soudains de nuances ou écriture soignée des da capos (trahi en cela par les chanteurs sortant des feuillets ajoutés à leur partition). Si certains effets sont un peu trop systématiques, on loue ce soir la cohérence et l’efficacité du propos et l’énergie qui se dégage de la scène. Bravo donc au TCE de présenter une œuvre trop rare avec de jeunes talents dont on espère avoir l’occasion de reparler ici prochainement!
Viva Il Giustino !
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