Au TCE, une Walkyrie luxueuse venue de Munich

Wagner – Walkyrie – Paris, Théâtre des Champs Élysées, 24.04.2012

Anja Kampe

« Bravo pour la mise en scène, bien mieux qu’à Bastille! » hurle un spectateur peu avant le début du 2ème acte, déclenchant une salve d’applaudissements de la part du public. Allusion au Ring de l’Opéra de Paris, coûteux, d’une laideur inégalable et dont la distribution laisse pour le moins à désirer, mais qui sera à nouveau présenté en version intégrale au cours de la saison 2012/2013. Ce Ring, c’est le Walhalla de l’ONP, un grand machin ruineux et prétentieux mais qu’il est impossible de saborder sans se dédouaner. Comme le réclamerait Wotan, « Das Ende », qu’on en finisse !

Au TCE, en ce mardi 24 avril 2012, c’est en version de concert (mais que perd-on à l’absence de mise en scène ?) et avec une distribution autrement plus luxueuse que celle de l’ONP, que l’on a pu assister à une superbe Walkyrie. Venue tout droit de Bavière, où un Ring complet sera présenté ce printemps, cette production a comme premier avantage la présence de l’Orchestre de l’Opéra de Munich, au son magnifique (notamment les violoncelles, et en dépit de cuivres un peu lourds), et qui se livre ainsi à une orgie sonore de plus quatre heures. Kent Nagano, avec une direction certes très classique, tire le meilleur de cette superbe pâte sonore, jusqu’à parfois couvrir certains chanteurs.

De la distribution, on attendait forcément la Brünnhilde de Nina Stemme, la chef de file d’une nouvelle génération de chanteurs wagnériens. La soprano suédoise a une nouvelle fois épaté par un chant à la fois pur et puissant. Rien de vociférant dans sa Walkyrie très féminine, qui n’hésite pas à jouer sur sa fragilité et fait montre d’une large palette de nuances, parvenant ainsi à être aussi convaincante dans les puissants cris de guerre qui marquent son entrée en scène que dans le registre de la contrition au troisième acte.

Et pourtant, Stemme s’est pour nous fait voler la vedette – certes pas à l’applaudimètre – par l’incroyable Anja Kampe, Sieglinde incandescente, tout aussi précise vocalement et à la voix ample, lyrique et généreuse. Elle forme avec le Siegmund de Lance Ryan un couple rêvé, même si la voix de ce dernier montre ça et là quelques signes de fatigue, notamment au cours du deuxième acte. Enfin, on salue la pétillante apparition de Michaela Schuster en Fricka redoutable, ainsi que le très honnête Wotan de Thomas J. Mayer. À l’inverse de Lance Ryan, il débute la soirée plutôt timidement, puis se montre de plus en plus à l’aise à mesure que la soirée progresse, jusqu’à nous livrer une scène d’adieu (« Leb wohl ») d’une grande profondeur.

Les wagnériens de Paris auront donc eu pour une fois l’occasion de se réjouir et sont déjà très impatients de retrouver Nina Stemme à l’occasion du Tristan et Isolde qui sera donné salle Pleyel en octobre prochain.

Au TCE, une Walkyrie luxueuse venue de Munich
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