Le Xerxès de Malena Ernman met le feu à Versailles

Haendel – Serse – Versailles, Opéra Royal, 01/07/2012

 Dans le cadre du festival Le Triomphe de Haendel, l’Opéra Royal de Versailles accueillait, en version de concert, une récente production de Xerxès du Theater an der Wien. Dans cet écrin à la jauge ramenée à 600 places, c’est un vrai bonheur d’entendre un opéra baroque dans des conditions aussi parfaites, tant son cadre intimiste et splendide sied à ce type de représentations. Et ce à un prix abordable – les places de 1e catégorie ayant été bradées au dernier moment – contrairement aux tarifs délirants pratiqués pour d’autres concerts de cette manifestation (le récital Bartoli … jusqu’à 490 euros pour ne rien voir et étendre à peine davantage, comme le raconte cet article croustillant).

Malena Ernman en Xerxès à Vienne

Malena Ernman, déjà présente à Vienne, a dominé, animé même pourrait-on dire, cette représentation du début jusqu’à la fin. Déchainée sur scène, allant jusqu’à frapper son pupitre de fureur à la fin de « Se bramate » ou esquisser, comme possédée, une chorégraphie avec le chef pendant le « Crude furie ». Pourtant, cette attitude n’est jamais accessoire : vocalement, cela suit, ô combien ! Avec une facilité déconcertante, la mezzo suédoise multiplie les acrobaties (reprises surornées, sauts de tessiture, nuances, sons filés, etc.) jusqu’au vertige. Impériale dans les récitatifs, superbe de présence et d’autorité (son physique svelte et imposant y contribue), Malena Ernman, telle une nouvelle Marilyn Horne, glorifie le bel canto haendélien. Certains jugeront cette prestation too much ou décalée, pourtant – quand le style et la voix restent impeccables– c’est bien de cette démesure dont les opéras de Haendel ont besoin. On rêve maintenant de l’entendre en Ruggiero dans Alcina et on n’ose penser à la concrétisation de ce projet fou – encore bien hypothétique – avec l’une des plus grandes voix du moment déjà citée…

Face à cette tornade, même le pourtant bouillonnant Jean-Christophe Spinosi apparaît légèrement en retrait. Mais ce dernier propose pourtant de très belles choses dans ce Xerxès contrasté et animé comme il le faut. Dirigeant un Ensemble Matheus bien fourni et impeccable techniquement, mais manquant parfois légèrement de majesté (pendant l’Ouverture). Enfin, tout petit reproche, la suraccélération de certains tempi pénalise le rendu sonore, les Matheus sonnant alors trop timidement.

De la superbe distribution autrichienne ne figurent hélas plus Danielle de Niese (Atalanta) ni Bejun Mehta (Arsamene). On les regrettera : en Atalante, Veronica Cangemi, dont la voix est presque en lambeaux, surjoue et propose des ornementations frisant le mauvais goût. David DQ Lee détonne moins en Arsamene mais sa voix est constamment proche de dérailler, rendant sa prestation peu agréable à l’oreille. Yeree Suh, malgré une voix délicieuse et une technique aguerrie, n’a rien de la prima donna haendélienne que l’on attend dans le rôle de Romilda, sa voix – toute petite – se fatiguant au fil de la représentation.

Une soirée pour Malena Ernman donc, qu’on retrouvera très prochainement au … festival des Vieilles Charrues, partageant l’affiche avec Garbage, Bob Dylan et Gossip !

Le Xerxès de Malena Ernman met le feu à Versailles
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